Vingt ans après la disparition d’Othmane Bali (1995-2005), figure majeure de la musique touarègue, ses fils Nabil et Manoo Baly réinterprètent Hadi Mouda. Dévoilée le 21 août dernier, cette nouvelle version s’affirme comme un hommage à leur père et comme la preuve d’une mémoire saharienne qui continue d’inspirer les nouvelles générations.
Une nouvelle vie pour Hadi Mouda
Avec Hadi Mouda, ses fils reprennent le flambeau. Alors que la version originelle reposait sur l’oud, Nabil et Manoo choisissent une instrumentation différente : basse, guitare et batterie insufflent une énergie inédite sans trahir l’esprit mélancolique de l’œuvre. La voix chaude et enveloppante de Nabil se mêle au jeu de basse nuancé de Manoo, donnant à ce chant d’amour déçu une intensité nouvelle, oscillant entre douceur et tristesse.
«Chacun de son côté, Nabil et moi avions déjà joué plusieurs versions de ce classique, lui à Grenoble, moi à Djanet. Cette fois, nous avons décidé de l’enregistrer ensemble, en hommage à notre père», confie Manoo.
Une continuité naturelle pour deux musiciens aux parcours complémentaires : Nabil avait déjà signé plusieurs albums remarqués : Tamghartin (2010), Ayt Ma (2012) et Amghar In (2016) qui témoignent de sa volonté de conjuguer mémoire et innovation. Manoo, de son côté, a collaboré avec divers groupes dont Tissilawen. Ensemble, ils affirment une double fidélité : à la mémoire d’un père qui a profondément marqué la scène musicale saharienne, et à la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons esthétiques.
Héritage vivant
Icône des musiques touarègues algériennes, Othmane Bali fut l’un des grands chantres de la chanson targuie. Fils aimé de Djanet, la perle du Tassili, il a marqué plusieurs générations par sa poésie, sa virtuosité à l’oud et son timbre chaud. Très tôt bercé par les chants de sa mère, grande interprète du genre musical tindé, il introduit l’oud, instrument oriental dans la tradition musicale touarègue, créant ainsi une signature artistique unique.
Il se fait connaître dès 1982 lors d’un passage télévisé, avant de publier sa première cassette en 1986, enregistrée au studio Yugurten d’Azazga et produite par Cadic. En 1992, il enregistre en France deux albums devenus mythiques, Assouf (Nostalgie) et Assarouf (Le pardon), en collaboration avec le percussionniste et bassiste américain Steve Shehan, avec qui il partage une complicité musicale féconde. Ses titres phares Kel Akalin, Damâa, Kaf Noun, Djanet, Hadi Mouda ou encore l’intemporel Amine Amine font désormais partie intégrante du patrimoine musical algérien et de la mémoire affective du Sahara. Toute une génération de musiciens touaregs se réclame encore de son héritage.
«Sur tous mes albums et lors de chaque concert, il y a une chanson de mon père. Il est toujours là. Comme il a laissé une grande œuvre posthume, avec de nombreux textes non composés et encore inconnus du public, je lui rends hommage de cette manière, ainsi qu’à Samia, ma grand-mère, grande joueuse de tindé», Nabil.
Disponible sur YouTube et Spotify, Hadi Mouda n’est pas seulement une réinterprétation : c’est une transmission vivante, celle d’une musique qui ne se fige pas dans la nostalgie mais continue d’évoluer, portée par une nouvelle génération consciente de ses racines et résolument tournée vers l’avenir.