Au cœur de Dabdaba «la vallée des jardins», à Mostaganem, s’étend un lieu singulier où s’entrelacent écologie, spiritualité et éducation : Djanatu al Arif, littéralement «le paradis du Connaissant». Ce domaine de plusieurs hectares n’est pas un simple espace naturel. Il se présente comme un carrefour de savoirs et un laboratoire d’expérimentations, où tradition et modernité dialoguent pour donner naissance à une culture de paix vivante et partagée. Dzdia a eu la chance de visiter ce lieu magique.

Aux sources d’une spiritualité vivante
L’histoire de ce lieu remonte au cheikh al-’Alâwî (1869-1934), maître soufi et penseur, qui dispensait son enseignement à l’ombre d’un jujubier centenaire encore debout aujourd’hui. Cet arbre, témoin des générations, demeure symbole d’enracinement et de continuité. L’architecture du domaine traduit l’esprit d’harmonie qui l’anime : une grande maison avec patio et fontaine, des jardins et des allées tracées comme une constellation qui guident le visiteur dans une spirale de découvertes. Chaque espace porte une signification : le ginkgo, rappel de la folie humaine, le bassin, symbole de l’épuration ésotérique et exotérique ou encore le manzah (kiosque), havre de poésie et de musique.
Ce lieu abrite la Fondation Méditerranéenne pour le Développement Durable – Djanatu al Arif, fondée par le cheikh Khaled Bentounes, 44ᵉ guide spirituel de la confrérie soufie Alâwiyya-Darqâwiyya-Shâdhiliyya. Leader spirituel reconnu à l’échelle internationale, il œuvre depuis des décennies à la diffusion de la culture de paix et du vivre-ensemble. Son engagement a conduit à l’adoption par l’ONU, à l’unanimité des 193 États membres, de la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix (JIVEP), célébrée chaque 16 mai.
La fondation a pour mission de protéger l’environnement, de promouvoir l’éducation et de transmettre des valeurs universelles. Elle est également dépositaire d’un patrimoine documentaire exceptionnel : le fonds des archives Adlania. Celui-ci conserve plus de 6 000 ouvrages, dont 2 000 manuscrits et éditions rares datant du XVIIᵉ siècle, ainsi que des collections de revues anciennes, 17 000 cartes postales, 75 000 photographies, affiches, gravures, cartes géographiques, et plus de 1 000 documents audiovisuels (cassettes, films, séminaires enregistrés). À cela s’ajoute un fonds musicologique rassemblant chants traditionnels et poèmes mystiques, ainsi qu’une précieuse documentation consacrée à l’émir Abdelkader et aux archives de la confrérie Alâwiyya. Ce patrimoine illustre la mémoire d’un peuple et l’histoire d’une nation, ouverte au dialogue universel.

L’enfant au cœur de la culture de paix
La pédagogie développée à Djanatu al Arif place l’enfant au centre de son projet éducatif. Une équipe de pédagogues et de chercheurs y a conçu un modèle destiné au cycle primaire, car la paix s’apprend dès les premières années. Le programme propose une éducation fondée sur des activités ludiques et immersives qui éveillent le respect de soi, de l’autre et de toutes les formes de vie.
Culture de Paix et Intelligence Artificielle au programme de l’Université d’été
La fondation a en outre lancé l’Université d’été «Éducation à la Culture de Paix et Intelligence Artificielle», un événement inédit associant pédagogie, innovation technologique et réflexion philosophique. D’autres programmes visent également les adolescents, comme Mar’Dit Vert, activités créatives et écologiques, ou encore Ça me dit vert, conçu pour les enfants de 8 à 11 ans, combinant ateliers de musique, recyclage, santé, bien-être et jeux éducatifs. Pour cheikh Khaled Bentounes, l’éducation à la paix doit relier l’être humain à sa propre conscience : «Nous sommes nés peut-être sur cette terre pour être éprouvés, pour savoir qui nous sommes, pour nous connaître et découvrir les valeurs qui caractérisent la noblesse des caractères. Un homme, ce n’est pas sa couleur, ce n’est pas sa religion, ce n’est pas sa nationalité, c’est d’abord sa conscience. C’est à travers sa conscience qu’on peut découvrir les valeurs qu’il incarne.»
«Un homme, ce n’est pas sa couleur, ce n’est pas sa religion, ce n’est pas sa nationalité, c’est d’abord sa conscience.»
Le 22 août dernier, une rencontre a été consacrée à l’éducation à la culture de paix, autour du Cercle d’éveil aux vertus et aux qualités et des Écoles de Paix de la fondation. Le «pôle enfant» a présenté ses activités et ses méthodes de travail, avec l’appui du Conseil pédagogique des Écoles de la Maison de Paix en Algérie, qui développe une approche originale (ECP – Éducation à la culture de paix) appliquée directement dans les écoles de Paix de la fondation. Elles sont aux nombre de 16, situées dans plusieurs villes algériennes.
Une mémoire et un avenir
De génération en génération, ce lieu a été un espace d’éducation, de spiritualité et de solidarité. Il fut tour à tour école coranique, refuge pendant la guerre de libération, puis centre de rencontres internationales. Ces dernières années, il a accueilli des colloques d’envergure sur la place des femmes (2014), l’émirat de l’émir Abdelkader (2016) ou encore le rôle du vivre-ensemble dans les sciences, réunissant chercheurs et intellectuels de plus de 27 universités à travers le monde.
Grâce à ces initiatives, Djanatu al Arif démontre que la paix n’est pas seulement absence de conflit : elle est une énergie à incarner au quotidien, dans l’éducation, la préservation du vivant et la transmission du patrimoine. Entre mémoire et innovation, ce jardin spirituel et écologique trace un chemin qui relie passé, présent et futur, et qui invite chacun à devenir artisan de paix.